Tout pour l’Auto détruit par les flammes
Plus de cinquante pompiers et une dizaine d’engins ont été mobilisés pour venir à bout de l’incendie qui s’est déclaré hier après-midi dans la succursale de la franchise Auto Relais de la rue Léopold-Rambaud, plus connue sous son ancien nom de Tout pour l’Auto. Surpris par la multiplicité des combustibles stockés dans le magasin, les services de secours ont lutté des heures durant pour circonscrire le sinistre dont l’origine était hier encore indéterminée. Sous surveillance toute la nuit et encore ce matin, cet incendie, parmi les plus importants de la décennie, a paralysé le centre-ville de Saint-Denis jusqu’à une heure avancée de la soirée.
Flammes dévastatrices
La fin d’une époque pour de nombreux automobilistes réunionnais. Car c’est une véritable institution dans le monde de la pièce automobile de l’île qui a disparu hier, en proie à des flammes dévastatrices, que les services de secours ont peiné à maîtriser. Il est 16 h 30 hier rue Léopold Rambaud, sur le front de mer de Sainte-Clotilde. À l’étage du vénérable magasin Tout pour l’Auto, franchise du groupe Auto Relais, les secrétaires remarquent une fumée suspecte s’échappant d’un entrepôt, contenant des centaines de pièces et accessoires automobiles, qui jouxte leur bureau. Rapidement, l’alerte est donnée, et des employés tentent d’éteindre les flammes naissantes. En vain. “C’est parti très vite, on a utilisé une lance, mais tout s’est embrasé d’un coup et l’on n’a rien pu faire pour sauver notre lieu de travail” soupire Laurent, employé depuis plus de dix ans dans la société. Le temps va sembler très long avant l’arrivée des sapeurs pompiers de Saint-Denis, peut-être plusieurs dizaines de minutes. “Les secours ont eu des difficultés compte tenu de la circulation pour gagner les lieux”, reconnaît le colonel Alain Caroli, directeur du Service départemental d’incendie et de secours. Et ce n’est que le début des problèmes.
DIVERSITÉ DES COMBUSTIBLES
En effet, le feu se propage rapidement au rez-de-chaussée de l’immeuble, et gagne plusieurs autres pièces et entrepôts où sont stockés des pneus, matériaux hautement et lentement combustibles, mais aussi des aérosols et des lubrifiants, également hautement inflammables. “Nous avons été surpris par la diversité des produits inflammables, difficiles à maîtriser”, explique le directeur du SDIS. Une secrétaire, incommodée par la fumée, est évacuée vers le CHD de Bellepierre. En quelques minutes, ce sont les locaux avoisinants qui prennent feu à leur tour, comme le détaillant Réunion Moteurs. Mais les renforts de pompiers affluent, et empêchent les flammes d’atteindre le reste des bâtiments du quartier, parmi lesquels on compte deux stations services. La plus proche sera fermée au public. Une cinquantaine de pompiers et une dizaine d’engins sont mobilisés, et luttent contre les flammes à l’aide de lances à incendies qui injectent eau et mousse pour neutraliser les hydrocarbures. La difficulté réside dans l’accès aux différentes pièces. Les pompiers utilisent des disqueuses pour ménager des ouvertures dans la tôle brûlante.
SURVEILLANCE MAINTENUE
Vers 18 heures, alors que l’on croyait l’incendie maîtrisé à l’étage supérieur, les flammes ont repris de plus belle, détruisant les pièces jusque-là restées indemnes. Des employées tracent sur un tableau du poste de commandement mobile des pompiers un plan des locaux pour aider les secours à mieux appréhender la situation. Dans le même temps, un important déploiement de police sécurise les lieux, en bloquant tous les carrefours aux alentours du pâté de maisons en feu, et opèrent des déviations vers le sud de la ville. Il faut aussi contenir les badauds qui affluent par centaine vers le site, alors que les pompiers craignent une explosion. Vers 19 h 30, le colonel Caroli estime que le feu “est en phase de maîtrise.” Mais une veille, notamment à cause du stock de pneus, sera maintenue toute la nuit et encore toute la matinée d’aujourd’hui. Peut-être plus. De nombreux employés de la société ont assisté au carnage, certains sont effondrés. Le vieux lion de pierre qui trône sur la devanture du magasin a complètement noirci. Tout pour l’Auto est entièrement détruit, dans l’un des incendies les plus importants des dix dernières années à Saint-Denis.
Textes : Sébastien Gignoux Photos : Stefan Laï-Yu ; Frédéric Laï-Yu
Une ville paralysée Cet incendie bloquant l’une des principales artères du chef-lieu, police et DDE auront tout tenté pour délester le trafic en direction de l’Est, et désengorger le centre-ville en pleine heure de pointe. En fin d’après-midi, la décision sera prise d’interdire l’accès au Barachois par la route du littoral, en déviant la circulation en provenance de l’Ouest vers la sortie Bellepierre et le boulevard sud. Des bouchons colossaux n’auront pas pour autant pu être évités. Présent sur les lieux, le député-maire René-Paul Victoria s’est exprimé en faveur “d’un plan d’intervention spécifique à la ville”, et d’un écartement à terme “des activités à risques vers les zones périphériques.”
Un dispositif de secours renforcé Autour du poste de commandement mobile des pompiers, sous l’autorité du directeur du SDIS le colonel Caroli, épaulé par le colonel Fontaine, une cinquantaine d’hommes étaient mobilisés, ainsi que dix engins de lutte contre les incendies, deux grandes échelles, une ambulance et un camion-citerne. Outre les hommes et le matériel des sapeurs de Saint-Denis, plusieurs casernes du département ont été appelées en renfort : Saint-Benoît, Bras-Panon, Saint-André, Sainte-Marie et Le Port.
L’hypothèse d’un incendie volontaire plausible
Si Tout Pour l’Auto était depuis plus de vingt ans une institution dans le monde de la mécanique, la société était en proie à de nombreuses difficultés depuis quelques mois. Conflits entre la famille des gérants, les Wu Tiu Yen et certains de leurs associés, ainsi que certaines difficultés financières, avaient conduit la société devant le tribunal de commerce en novembre dernier, avec à la clé la nomination d’un administrateur ad hoc. Mais déjà, la profonde tension existante entre les associés et des anomalies de gestion avaient conduit la justice, pénale celle-ci, à s’intéresser de plus près à l’entreprise. Aussi, suite à l’ouverture d’une information judiciaire par le parquet de Saint-Denis, c’est la Sûreté urbaine départementale qui était désignée pour prendre en charge l’enquête. Une enquête mise entre parenthèses le temps du traitement des rebondissements récents de l’affaire Surgine Fontaine, mais qui pourrait bien se rappeler de manière flambante aux policiers. La thèse de l’incendie d’origine criminelle est donc bien d’actualité, les mobiles ne manquant pas : règlement de comptes entre associés ou volonté de faire disparaître des preuves, l’enquête à venir ne devrait pas manquer d’explorer ces pistes. D’où la nervosité affichée hier par l’administratrice judiciaire venue en personne constater l’étendue des dégâts.