D'abord accepter ses faiblesses. « Au début, on se dit : “Nous qui allons au feu, on ne va quand même pas avoir peur de ces petits cons”, raconte un pompier traumatisé. Mais en fait, si. » Reste à l'exprimer. « Longtemps, l'omerta a fonctionné. La peur d'apparaître faible, ou d'être muté », explique un autre sapeur expérimenté, qui veut casser l'image du « sapeur sans peur ».
Dans l'Essonne, deux psychologues répondent depuis peu aux besoins des pompiers traumatisés. « Ils ont un taux d'état de stress post-traumatique qui se situe très nettement au-dessus de la population générale », explique l'une d'elles. Comme un symbole, beaucoup gardent même sur leur table de nuit le pavé qui les a blessés. Non traités, ces traumas accentuent les risques de dérapages. Pendant la formation, une juriste vient expliquer : « Mettre une baffe, ce n'est pas dans vos missions. » Un sapeur rétorque : « Oui, mais ce n'est pas non plus dans nos missions d'en prendre. »
Les formateurs insistent : « Des pompiers ont déjà été mis en examen alors qu'ils croyaient être en état de légitime défense. » La juriste reprend : « Faut-il toujours intervenir ? » Hésitations. Les pompiers parlent des exceptions. « Oui, mais le principe, c'est d'intervenir. Sinon, vous risquez la non-assistance à personne en danger. » Les pompiers baissent la tête. Perplexes.
Source :20 minutes .Fr Via le Net
Les pompiers crient au feu. Depuis le milieu des années 1990, ils sont régulièrement pris à partie lors de leurs interventions dans des cités chaudes. Mais depuis deux à trois ans, les attaques se font plus fréquentes, et surtout plus violentes. « Ce ne sont plus les fourgons qui sont visés, mais directement les hommes », explique le capitaine Didier Revenault. En 2005, des syndicats ont comptabilisé quarante et un actes de violence contre des pompiers dans l'Essonne, dont vingt graves. Cela classe le département au quatrième rang français, au deuxième (derrière la Seine-Saint-Denis) en Ile-de-France. Pas très loin derrière, les Yvelines, où les syndicats estiment à quinze le nombre de pompiers blessés durant l'année 2005.
Or, ces soldats du feu n'ont rien pour se défendre : ni le droit ni les moyens. D'où la nécessité de les former à se protéger. Pour 20 Minutes et pour la première fois, une école de pompiers, celle de l'Essonne, a accepté d'ouvrir ses portes à des journalistes lors d'une formation qui voit notamment intervenir un juriste, un policier, un psychologue et un sociologue.
Aucun d'eux ne parvient à expliquer « ces agressions insensées ». Le capitaine Revenault, en charge de la formation, avance toutefois des hypothèses : « Un tiers des voitures brûlent car elles constituent des preuves de délits à détruire. Celui qui empêche le feu puis rameute les policiers est très mal vu. » Beaucoup de pompiers pensent surtout que, derrière l'écusson « courage et dévouement », les délinquants ne voient que l'uniforme, « symbole de la société ». Les sapeurs ont parfois l'impression de servir d'« appât » pour attirer la police. D'autres se disent victimes de leur bonne image : « Casser du pompier fait plus parler que casser du flic. » Annick Droal, directrice de la sécurité et de la prévention à la mairie d'Evry, rappelle que « la notion de territoire est très forte. Toute personne étrangère doit en être chassée. » Mais au-delà des raisons pointent les angoisses. Celle de ne plus pouvoir faire le travail et d'arriver trop tard sur un feu. Celle d'être gravement blessé. Ou celle, tout aussi présente, de craquer. Et de riposter.
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Quel est le quotidien d'un sapeur-pompier ?
Moi, je n'ai particulièrement pas de chance. Ma première extinction de feu de voiture, je l'ai faite sous les boucliers de CRS. En tout, je me suis vu mourir trois fois. Mais en plus, au jour le jour, on se fait insulter. On nous manque de respect. Je vais secourir une femme âgée au 8e étage, mais un voisin veut d'abord qu'on s'arrête au 5e. Si je dis quelque chose, on me répond : « Tu veux te prendre des pierres ? » Le pire, c'est qu'on ne peut rien faire, rien répondre.
Comment réagit-on pendant et après une agression ?
Ça va très vite. Les caillassages durent 30 secondes, une minute maximum. Une fois, on a lancé vers nous une voiture en feu dans une pente. On a couru. La dernière fois, j'étais planqué sous un fourgon. Aussi grande gueule que je sois, j'avais le trouillomètre à zéro. Et ensuite, j'étais mal. J'ai eu honte d'expliquer à mes gamins ce qui s'était passé. Et je me suis dit : « Merde, je ne suis même plus fier d'être pompier. » C'est dur car on se sent incompris. Pendant les émeutes de novembre [2005], j'étais presque content. Les gens pouvaient enfin se rendre compte de ce qu'on vit. Avant, seule ma femme me croyait parce qu'elle voyait dans quel état je rentrais.
Avez-vous songé à arrêter ?
Oui, mais en même temps, je me sens utile. Même si c'est très stressant. D'autant qu'on se retient d'être agressif. Il faut s'empêcher de répondre, mais on se dit : « Et si un jour je pète les plombs ? » Ce qui m'inquiète encore plus, c'est que cette délinquance puisse nuire à notre travail. Quelques minutes de perdues, cela peut empêcher de sauver une vie.
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